Aujourd’hui, 31 mars, est la date limite d’avis de renouvellement de bail pour bon nombre de locataires au Québec. Aujourd’hui, 31 mars 2026, le milieu communautaire est en grève pour réclamer un financement adéquat. Alors, pendant qu’on est dans la rue, rappelons-nous pourquoi on fait ce que l’on fait, et pourquoi l’action communautaire — bien plus qu’un secteur de services sous-traitant de l’État — vise à transformer le fonctionnement de la société pour régler les injustices à la source.
Il peut sembler contre-intuitif de suspendre des activités et des projets en temps de crise, justement quand on en a cruellement besoin. Profitons donc de ce moment pour parler de la manière dont le communautaire contribue à résorber la crise du logement, faute d’avoir eu les moyens de la prévenir.
Mais concrètement, que font le milieu communautaire et les CDC pour contribuer à atteindre 20% de logements sociaux et communautaires au Québec?

Cet enjeu est jugé prioritaire par bon nombre de concertations locales qui ont choisi de se regrouper autour de cette thématique. Pensons, par exemple, au Comité stratégique Habitation à Shawinigan ou encore au Chantier Habitation Memphrémagog.
Bien plus que de simples espaces où l’on définit l’ampleur du problème, les concertations locales agissent souvent comme bougies d’allumage de projets essentiels au développement du logement hors marché. Ultimement, elles contribuent à garantir un accès à un logement décent, salubre et réellement abordable pour les personnes à faible revenu.
À l’automne 2025, la CDC de la MRC de Coaticook a tenu une Journée de l’habitation réunissant personnes élues, fonctionnaires du milieu municipal, population et milieu communautaire pour imaginer l’avenir de l’habitation sur leur territoire rural. Les personnes participantes ont réfléchi à des moyens de répondre aux besoins en habitation à partir des données démographiques, tout en préservant le zonage agricole. On y a parlé de densification douce, mais aussi de l’importance de penser le développement immobilier dans son ensemble : créer du logement, oui, mais aussi des espaces commerciaux et de services, afin de permettre d’habiter un endroit où l’on peut aussi travailler et faire ses courses. Une vision qui agit aussi sur le transport en réduisant les déplacements obligatoires.
On y rappelait également l’importance de confier ce développement au secteur de l’économie sociale. Le constat est clair : le secteur privé n’est pas « méchant », mais sa mission reste de faire de l’argent. En favorisant des entités dont la mission est de répondre aux besoins « moins sexy », on s’assure d’avoir une offre qui correspond réellement à la demande du territoire. Résultat : les personnes qui vieillissent chez nous peuvent y rester, nos enfants peuvent y fonder leur famille, et notre communauté s’en retrouve plus vivante. Bonne nouvelle : créé en 2024 grâce à un partenariat entre la CDC, la SADC et la MRC, Habitations l’Entrée compte déjà deux immeubles à logements à son actif.

D’autres CDC travaillent aussi l’enjeu du logement. Au même moment où Habitations l’Entrée voyait le jour, TÉMIS Habitation prenait forme avec le soutien de la CDC du Témiscamingue et de la Table en développement social durable du Témiscamingue. Sa mission première est « d’agir en collaboration avec le milieu pour développer une offre de logements sociaux et abordables pour les personnes ayant des besoins particuliers pour se loger ». Pour y parvenir, le nouvel OBNL s’est entouré de partenaires territoriaux issus de divers secteurs, une collaboration qui le mènera d’ailleurs sous peu à réaliser sa première acquisition. De l’autre côté de la région, la CDC d’Amos a mobilisé les partenaires locaux autour de l’enjeu du logement afin de développer collectivement des unités locatives qui seront exclusivement disponibles pour les gens en situation de vulnérabilité économique. Le comité logement Amos Haricanna, présidé par la CDC, continue de mettre les besoins de la population à l’avant-plan, notamment en développant des outils pour soutenir les locataires en situation d’éviction et en recommandant des stratégies municipales pour identifier des leviers réglementaires favorisant le développement de logements sociaux.
Enfin, une nouvelle plus récente du côté de la MRC Memphrémagog : une fiducie foncière communautaire (FFC) a vu le jour! Ce modèle immobilier solidaire permet de détenir des terrains et des immeubles pour toujours, afin qu’ils soient utilisés par et pour la communauté, avec une priorité aux personnes à faible revenu. Au Québec, le développement des FFC est porté par l’OBNL Territoires solidaires, collaborateur du Chantier Habitation Memphrémagog, pour sécuriser des terrains à l’abri de la spéculation.
En cette journée de grève, il est bon de se rappeler que notre travail porte déjà ses fruits. Partout au Québec, des communautés s’organisent, innovent et bâtissent des solutions durables pour que chacune et chacun puisse se loger dignement.
La crise du logement est immense, mais elle n’est pas insurmontable. Chaque concertation, chaque projet, chaque mobilisation ouvre une brèche dans le statu quo. Et si nous continuons de nous tenir debout, nous pouvons transformer nos territoires pour de bon.
C’est exactement pour cela que nous faisons ce que nous faisons. Et c’est ensemble que nous y arriverons. Mais les populations ont besoin de gouvernements qui priorisent eux aussi la question du logement pour les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale par des investissements ciblés et conséquents. Et pour que les communautés visées en bénéficient réellement, ces investissements doivent être régis par des cadres qui favorisent certes l’augmentation rapide du parc locatif pour ces populations, mais surtout qui tiennent compte des réalités de nos territoires ruraux et qui favorisent une prise en charge démocratique, sans but lucratif et à échelle humaine du développement de nos milieux de vie.
