un
réseau fort
de ses
communautés

Le 1er juillet, défendons des milieux de vie complets, accessibles et ancrés dans nos communautés

Le 1er juillet est devenu, année après année, le symbole d’une crise qui dépasse largement la simple question du logement. Pour des milliers de locataires à travers le Québec, cette journée est synonyme d’insécurité, de déracinement, d’augmentation de loyer, de recherche urgente d’un logement devenu hors de prix, parfois même de risque d’itinérance.

Dans ce contexte, les Corporations de développement communautaire (CDC) rappellent que le logement ne peut être réduit à une marchandise ou à un investissement financier. Se loger, c’est pouvoir habiter un territoire, participer à sa communauté, tisser des liens de proximité, avoir accès à des services, à des transports, à des espaces collectifs et à un environnement de vie digne.

C’est aussi dans cette perspective que la TNCDC participe à la Coalition contre le logement cher (COLOC), qui réclame des mesures structurantes pour répondre à la crise actuelle, notamment un réel contrôle des loyers, le développement massif de logements sociaux et communautaires ainsi que la reconnaissance du droit au logement.

Et sur le terrain, partout au Québec, les CDC et leurs partenaires construisent déjà des réponses concrètes, collectives et territoriales.

Au-delà du nombre de portes, développer des milieux de vie

Les enjeux d’habitation sont intimement liés à ceux du développement territorial. Pensons aux familles qui doivent quitter leur quartier faute de logements accessibles, aux travailleuses et travailleurs qui ne peuvent plus habiter près de leur emploi, aux personnes aînées contraintes de s’éloigner de leurs réseaux, ou encore aux jeunes qui peinent à s’établir dans leur communauté.

Dans plusieurs régions, les CDC contribuent à mobiliser les partenaires municipaux, communautaires et institutionnels afin de développer des solutions adaptées aux réalités locales. Ces temps-ci, le logement figure au top 1 de la liste des priorités pour beaucoup d’entre elles.

Dans la région de Chaudière-Appalaches, la CDC Beauce-Etchemins participe activement à la concertation en habitation et au développement d’une lecture territoriale des enjeux sociaux. En effet, la CDC anime deux tables de concertation en logement social et communautaire, en collaboration avec les directions de l’aménagement du territoire des MRC de Beauce-Sartigan et de Beauce-Centre. Dans cette dernière, elle a contribué aux démarches entourant le Forum sur le logement, visant à mieux comprendre les besoins du territoire et à identifier des pistes d’action concertées en matière d’habitation. Très concrètement, la CDC pilote, avec la Société immobilière communautaire de Beauce, un projet de construction de 41 logements à Saint-Georges, destinés à des personnes seules et à des familles. Ce projet structurant, soutenu par des partenaires municipaux et gouvernementaux, s’inscrit dans une approche de développement territorial visant à créer des milieux de vie accessibles, durables et ancrés dans la communauté.

En Montérégie, la CDC Beauharnois-Salaberry agit à plusieurs niveaux à travers une approche structurée combinant concertation, développement et prévention. Elle anime le Comité urgence logement, une instance de concertation territoriale qui regroupe municipalités, réseaux de la santé, organismes communautaires et partenaires de l’habitation afin de coordonner les réponses à la crise, notamment en période critique comme le 1er juillet. C’est d’ailleurs via l’axe de développement de ce comité qu’est né Ambition Habitation, un organisme dédié à l’acquisition, à la construction et à la pérennisation de logements à but non lucratif, dont un projet concret de 50 logements abordables en développement à Salaberry-de-Valleyfield. Parallèlement, le comité a mis en place la campagne de prévention « Vous n’êtes pas seul·e·s », qui informe les locataires sur leurs droits et leurs ressources, outille les personnes intervenantes et oriente la population vers les services d’aide. Cette initiative, désormais déployée à l’année, traduit une volonté d’agir en amont pour prévenir les situations de précarité résidentielle et renforcer le filet social autour des personnes les plus vulnérables.

À Montréal, Action-Gardien, la CDC de Pointe-Saint-Charles, poursuit depuis plusieurs années un important travail de mobilisation citoyenne et d’aménagement populaire dans son quartier. À travers ses démarches d’Opération populaire d’aménagement (OPA) et son implication dans le redéveloppement du secteur Bridge-Bonaventure, l’organisation défend une vision du quartier basée sur le droit de rester, la participation citoyenne, la mixité sociale, la protection des terrains publics contre la spéculation et l’accueil d’une forte densité sans dénaturer le quartier. Les propositions mises de l’avant incluent une forte proportion de  logement social et communautaire, des espaces verts, des équipements collectifs, des services de proximité et des aménagements à échelle humaine. Avec le comité logement du quartier, la CDC a mis sur pied Point commun, une société immobilière pour porter des projets à grande échelle dans le secteur Bridge-Bonaventure, avec des logements et des locaux à but non lucratif.

Toujours à Montréal, la CDC de Côte-des-Neiges et sa Table habitation sociale rassemblent divers partenaires autour d’une approche intersectorielle du logement. En collaboration avec le Groupe d’accélération pour l’optimisation du projet de l’hippodrome (GALOPH) et plusieurs organisations du quartier, la CDC participe aux réflexions entourant le développement du secteur Namur-Hippodrome et revendique un important développement de logements sociaux et communautaires protégés du marché spéculatif. La vision portée par les partenaires du quartier inclut également des logements familiaux, des espaces publics accessibles, des équipements collectifs et des principes d’accessibilité universelle afin de construire un milieu de vie réellement inclusif et ancré dans les besoins de la communauté. Pour ce faire, les personnes résidentes sont impliquées à travers toutes les démarches en lien avec les enjeux de logements dans le quartier. Elles composent d’ailleurs un comité de mobilisation issu de la Table habitation sociale, qui travaille sur l’éducation populaire et les activités de mobilisation. Plus spécifiquement, le comité est à pied d’œuvre afin d’organiser un événement rassembleur autour des besoins en logements sociaux dans le quartier.

Ces démarches ont un point en commun : elles reconnaissent que le logement doit être pensé comme une composante essentielle de milieux de vie complets, inclusifs et vivants.

Une crise du logement cher qui exige des réponses structurantes

Depuis plusieurs années, les groupes communautaires constatent les limites d’approches centrées presque exclusivement sur l’augmentation de l’offre privée ou sur une conception restrictive de « l’abordabilité ».

À l’instar du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), la TNCDC dénonce le remplacement progressif du logement social par des programmes davantage arrimés au marché privé, comme le Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ). Nous attestons que cette approche ne répond pas adéquatement aux besoins des ménages à faible ou modeste revenus et complique le développement de projets collectifs et sans but lucratif. En effet, sur le terrain, les CDC sont à même de constater que la notion de logement « abordable » peut perdre son sens lorsqu’elle n’est pas liée à la réelle capacité de payer des populations locales.

Pour notre réseau, il ne s’agit pas d’opposer les différentes formes d’habitation, mais bien de développer des communautés capables d’accueillir une diversité de populations et de revenus, dans une logique de mixité sociale et, osons le nommer ainsi, de solidarité territoriale.

Cela implique de soutenir davantage les projets collectifs, les OBNL d’habitation, les coopératives, les initiatives citoyennes et les partenariats locaux qui permettent de garder les milieux de vie accessibles à long terme, par un financement public récurrent et suffisant qui garantit l’atteinte de 20 % de logement hors marché dans le parc locatif du Québec d’ici 2040.

Défendre nos communautés

La crise du logement cher fragilise les personnes, mais aussi les communautés elles-mêmes. Lorsqu’on ne peut plus habiter son quartier, son village ou sa région, c’est tout le tissu social qui s’effrite.

Les CDC le constatent quotidiennement : le logement est lié à la lutte contre la pauvreté, à la santé collective, à la vitalité des territoires, à la sécurité alimentaire, au transport, à la réussite éducative, à l’intégration des personnes immigrantes et au pouvoir d’agir des communautés.

Le 1er juillet nous rappelle une chose essentielle : l’habitation n’est pas uniquement une question immobilière. C’est une question de dignité, de justice sociale et de développement des communautés.

Partout au Québec, les CDC continueront de revendiquer, de mobiliser et de construire des solutions collectives pour que nos territoires demeurent des lieux où il est encore possible de vivre, de participer et de rester.